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Secrets d'atelier

Cavaladette : Le pays d’été

On arrive sur le causse comme on arrive dans un autre monde. Après les vallées, après les drailles, après les chemins serrés des Cévennes, l’espace s’ouvre d’un coup. Le ciel prend plus de place. Le vent circule librement. Les arbres se font plus rares, les pierres plus visibles, l’horizon plus lointain. Rien n’arrête le regard. Le Causse Méjean met face au grand air.
Illustration de Cavaladette, le pays d’été, avec une brebis sur les grands espaces du Causse Méjean. | Atelier Tuffery

Cavaladette est là, dans cette lumière claire des hauts plateaux. Un pays d’estive, c’est-à-dire un pays d’été pour les troupeaux. Celui que les brebis rejoignent quand les terres basses ont donné ce qu’elles pouvaient donner, quand la chaleur a gagné les vignes et les garrigues, quand l’herbe se cherche plus haut. Ici, la saison recommence autrement.

Au premier regard, le causse paraît presque vide. Une étendue rase, des herbes courtes, des pierres blanches, des murets, quelques silhouettes au loin. Mais c’est un vide qui respire. Un vide habité. Il faut un peu de temps pour comprendre ce qui s’y joue. Les brebis, elles, n’ont pas besoin qu’on leur explique. Elles avancent, s’arrêtent, baissent la tête. Elles trouvent dans cette herbe ce qu’elles sont venues chercher depuis le début du chemin.

Il y a quelque chose de simple dans l’estive. Le troupeau retrouve l’espace. Il se disperse davantage, suit les reliefs doux du plateau, avance dans le vent. Les cloches semblent sonner autrement ici, plus claires, plus lointaines. Le chien veille, mais son mouvement paraît plus large. Le berger aussi change de regard. Il ne lit plus seulement un passage ou une parcelle. Il lit un horizon.

Sur le causse, l’agropastoralisme prend toute son ampleur. Ce ne sont plus seulement les bordures d’une vigne ou les premiers parcours de garrigue. C’est un paysage entier qui vit avec les troupeaux. Les brebis entretiennent les milieux ouverts, tiennent l’herbe, empêchent les broussailles de tout refermer. Elles participent à cette grande respiration du plateau. Sans elles, le causse perdrait peu à peu cette ouverture, cette lumière, cette sensation d’espace qui fait sa force.

Paysage ouvert du Causse Méjean, avec des herbes sèches, des clôtures, des collines et un grand ciel bleu. | Atelier Tuffery
Carte postale illustrée du Causse Méjean, avec un paysage ouvert de plateau, d’herbes rases et de lumière. - Atelier Tuffery
Verso d’une carte postale du Carnet d’été, avec un texte manuscrit sur le rôle des troupeaux et de l’agropastoralisme dans le paysage du Causse Méjean. - Atelier Tuffery

Ces paysages que l’on croit naturels sont aussi le fruit d’un long compagnonnage. Des générations de bêtes et de bergers les ont façonnés sans les dessiner. À force de passages, de haltes, de pâtures, de saisons. Les lavognes, les murets, les anciennes cazelles, les chemins à peine marqués dans l’herbe racontent cette présence ancienne. Ici encore, l’ancien temps n’est pas une image. Il est dans l’usage.

Le pays d’été n’est pourtant pas un repos sans vigilance. La beauté du causse a sa part rude. Le vent fatigue. L’eau compte. Les distances trompent. La présence du loup oblige à veiller autrement. Chiens de protection, clôtures, garde, nuits, choix de pâturage : tout demande attention. L’estive est un équilibre à tenir.

C’est ce qui rend Cavaladette si juste dans ce carnet. On y arrive comme à une destination, mais rien ne s’y termine vraiment. Le troupeau a changé de pays, pas de vie. Il continue de chercher l’herbe, de suivre le temps. Les bergers continuent d’observer. Tout semble plus vaste, mais les gestes restent les mêmes : regarder, protéger, déplacer, attendre.

Homme portant une tenue claire, vu de dos au milieu d’un troupeau de brebis. | Atelier Tuffery

La transhumance ne relie pas seulement deux lieux. Elle relie deux manières de vivre une même terre. En bas, l’hiver. Ici, l’été. Entre les deux, des chemins, des sabots, de la patience et de la mémoire.

Le troupeau peut maintenant rester là, dans cette herbe claire, sous ce ciel immense jusqu’au retour de l’hiver.

Mais un autre chemin a déjà commencé. Celui de la laine tondue avant la montée, quand les beaux jours revenaient et qu’il fallait soulager les brebis. Elle n’est plus sur leur dos, mais elle appartient à cette même histoire. Elle porte encore le pays d’hiver, les vignes, la poussière, les gestes du troupeau.

Bientôt, cette laine deviendra fil.

Troupeau de brebis pâturant dans les herbes sèches du Causse Méjean, avec les grands espaces ouverts en arrière-plan. | Atelier Tuffery
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