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Secrets d'atelier

Les garrigues : Le premier mouvement

On ne quitte pas la vigne d’un seul geste. Il y a d’abord un changement presque invisible. La lumière devient plus franche. Les matins perdent un peu de leur humidité. Au bout des sarments, les bourgeons gonflent, les premières feuilles s’annoncent. Ce que les brebis pouvaient entretenir devient peu à peu ce qu’il faut préserver. Alors les parcs changent de place, et le troupeau glisse hors des rangs.
Illustration du Mas de Janiny, le pays d’hiver, avec une brebis devant un paysage de vignes stylisé. | Atelier Tuffery

La garrigue commence souvent comme ça. Sans porte, sans seuil précis. Un bord de parcelle, un chemin plus pierreux, une haie qui se défait, puis soudain le paysage n’obéit plus aux lignes droites. La vigne avait ses couloirs, ses rangs, son ordre silencieux. Ici, tout accroche un peu. Les chênes verts se penchent bas, les cailloux roulent sous les pas, les herbes sèches frottent contre les brebis. L’air sent le thym, la pierre chaude, la terre qui garde le soleil. Et quelque part, déjà, les premiers grillons commencent à couvrir le silence.

Le troupeau change d’allure. Dans les vignes, les brebis avançaient entre deux lignes. Dans la garrigue, elles cherchent. Elles s’écartent, reviennent, disparaissent derrière un buisson, réapparaissent plus loin. Elles connaissent vite les passages, les ombres, les zones tendres sous les broussailles. Le chien veille autrement. Le berger aussi. Ici, on ne conduit pas seulement un troupeau. On accompagne une dispersion.

La garrigue demande un œil patient. Ses terres sèches, basses, rugueuses nourrissent autrement. Elles protègent, abritent, gardent les traces des usages anciens. Des passages répétés. Des mains qui savaient où poser un muret, où laisser une ouverture, où mener les bêtes quand l’herbe des parcelles ne suffisait plus.C’est là que l’agropastoralisme prend une autre forme. Après la vigne, le parcours. Après les inter-rangs, les bordures, les talus, les zones plus sauvages. Les brebis entrent dans ces espaces que l’on croit parfois secondaires, mais qui tiennent une part essentielle du paysage. Elles limitent ce qui se referme, ouvrent des passages, contiennent les broussailles, laissent revenir de la lumière au ras du sol.

Paysage de garrigue avec un arbre isolé, des herbes sèches et des reliefs en arrière-plan. | Atelier Tuffery
Carte postale illustrée des garrigues, avec un paysage méditerranéen de pierres, d’arbustes et de soleil. - Atelier Tuffery
Verso d’une carte postale du Carnet d’été, avec un texte manuscrit racontant le passage du troupeau dans la garrigue. - Atelier Tuffery

C’est là que l’agropastoralisme prend une autre forme. Après la vigne, le parcours. Après les inter-rangs, les bordures, les talus, les zones plus sauvages. Les brebis entrent dans ces espaces que l’on croit parfois secondaires, mais qui tiennent une part essentielle du paysage. Elles limitent ce qui se referme, ouvrent des passages, contiennent les broussailles, laissent revenir de la lumière au ras du sol.

Elles habitent. Et parce qu’elles habitent, elles transforment.

On pense alors à l’ancien temps. Pas comme à une image jaunie, ni comme à une nostalgie facile. Plutôt comme à une évidence revenue. Il fut un temps où les On pense encore à l’ancien temps. Aux terres dites pauvres, qui ne l’étaient jamais vraiment pour ceux qui savaient les lire. Aux troupeaux que l’on menait sur les parcours, aux bêtes qui trouvaient de quoi vivre là où l’œil pressé ne voyait que des pierres et des épines. Il y avait dans ces usages une précision sans grands mots. Le champ, sa bordure, le talus, la friche, la terre laissée libre : tout avait sa fonction. bêtes avaient naturellement leur place dans les terres cultivées. Où l’on savait qu’un troupeau pouvait nourrir un sol, tenir les herbes, accompagner une saison. Les brebis dans les vignes racontent cela sans discours.

Aujourd’hui, la scène a changé. Par endroits, les brebis longent des clôtures récentes, des chemins d’exploitation, des installations que l’ancien monde n’aurait pas connues. Et pourtant leur présence ramène quelque chose de très simple. Une bête qui pâture, un chien qui tourne, un berger qui observe. Un geste ancien dans un paysage d’aujourd’hui.

Troupeau de brebis traversant la garrigue, accompagné par un berger sous les chênes. | Atelier Tuffery

Dans la garrigue, les détails se multiplient. Une branche basse retient un flocon de laine. Une pierre plate chauffe déjà au soleil. Une cloche tinte derrière les buis. Une brebis relève la tête. Une odeur de poussière monte quand le troupeau repart. Rien ne s’organise pour être beau, et pourtant tout donne envie d’avancer.

On comprend que la transhumance ne commence pas seulement dans les grandes montées. Elle commence aussi dans ces premiers déplacements, dans cette façon de quitter un ordre pour entrer dans un autre. La vigne s’éloigne. Le pays change de voix. Le troupeau suit l’herbe, l’ombre, les passages, l’appel discret des hauteurs.

Bientôt, il faudra lever les yeux. Chercher une silhouette plus large, une montagne qui tient lieu de repère. Là-bas, au-dessus des vallées, l’Aigoual attend comme une promesse.

Femme assise dans la garrigue près d’un troupeau de brebis, avec les reliefs en arrière-plan. | Atelier Tuffery
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